Qu’est-ce que faire, in fine ?…

Faire, voilà ce par quoi l’homme (la femme) se distingue, affirme sa singularité, pose sa personnalité, nous serine-t-on. Il faut juger quelqu’un non sur sa pensée ou sa parole, mais sur ses actes. Mais, à l’instar de la psychologie de comptoir selon laquelle qui critique, s’indigne trop vertement ou pointe du doigt des carences sociales, serait en réalité en déficit d’amour propre, un tel one-liner ne restreindrait-il pas symptomatiquement le champ de ce qu’il est possible de faire, ou de ce que faire implique ?…

Faire, c’est quoi ? Avec sa truelle, son compas et son équerre, le maçon fait. Il construit quelque chose de tangible, de concret, d’opératif. L’aide-ménagère qui balaie les bureaux déserts à la tombée de la nuit fait. Le journaliste qui enquête sur le dernier scandale politique en date fait… Tout ce qui se fait se vaut-il absolument ? Telle ou telle activité ne pourrait-elle se faire sans l’homme ? Et si faire égale construire, quid des constructions spéculatives ?

Ceci nous amène à la seconde question : construire, c’est quoi ? Qui construit et que peut-on considérer comme une construction ? Le cadre économique, c’est-à-dire l’échange de valeurs (travail contre argent) serait-il l’indicateur exclusif de ce qui peut se faire ? En d’autres termes, ce qui se fait doit-il rapporter afin d’être apprécié comme un ouvrage, comme une œuvre ? Ou le simple fait de mettre en commun ce que l’on fait est-il suffisant ?

Le plus généralement, le philosophe pense. Est-ce à dire qu’il ne fait pas ? Ou doit-il courir les théâtres des injustices mondiales pour faire partie de ceux qui font… vraiment ? Et le scripteur, que fait-il, au juste ? Des écrits vains ou des ouvrages ? Ecrire, est-ce faire ou ne pas faire ? That’s another question, isn’t it ? Pourquoi se souvient-on, des siècles après leur trépas, d’écrivains célèbres ? C’est tout de même qu’ils ont dû faire quelque chose, non ? Et penser, simplement penser, ce n’est pas ne rien faire, que je sache : des neurones se connectent et impriment à l’esprit une direction particulière qui n’a rien du néant ! Oui, mais comment faire pour rendre du vaporeux tangible ?

L’élu qui pense et qui dit peut être sincère, mais que fera-t-il, en particulier sous la pression de l’opposition politique ? Et s’il répète à qui mieux mieux de vaines promesses, s’il se sert stratégiquement du langage pour exclure, ne fait-il rien ? Et le ou la marié(e), qui se contente de dire « je le veux », qu’on n’aille pas leur dire qu’ils n’ont rien fait, surtout dix ans après…

A l’heure de l’interconnexion globale, est-il possible de ne rien faire ? Se reposer dans un hamac, rêver d’un horizon meilleur pour l’Humanité, et ainsi s’abstenir de faire ce qui pourrait à cette dernière être dommageable, est-ce la neutralité ou, d’une certaine manière, est-ce faire ?

Etre, serait-ce donc faire, quoi que l’on fasse et même si l’on ne fait rien ?…

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