Le nouvel impérialisme mondial américain – SLAVES NO MORE : 2/ les USA, une société fasciste ?

Ne nous méprenons pas : l’objet de notre critique dans cette série de posts que nous avons décidé de consacrer au néo-impérialisme américain, qui trouve sa genèse dans le présomptueux « Project for a New American Century (PNAC)», pondu par les Wolfowitz et autres Rumsfeld, de sinistre mémoire (1), peut être partagé par la majeure partie du peuple américain lui-même : comment expliquer, en effet, que des dizaines de milliards de dollars – la somme exacte est inconnue des intéressés eux-mêmes, comme nous le verrons ci-après – soient dépensées en services de renseignements de toutes sortes dont même ceux qui en ont la charge contestent l’efficacité, ceci alors que, comme vous le verrez dans le post du 19/05/12, plus particulièrement le reportage de la BBC intitulé « Poor America », de plus en plus de citoyens américains de la classe moyenne voient s’effondrer leur train de vie, certains étant même contraints de dormir sous les ponts.

La plupart des Européens ont grandi, depuis les eighties, sous une influence culturelle nord-américaine omniprésente et une soumission politique inconditionnelle à l’oncle d’outre-Atlantique. Rejeter cette influence en bloc est insensé car cela signifierait, pour eux, se défaire d’une partie d’eux-mêmes. Ce blog fourmille d’ailleurs de trailers de films hollywoodiens, et plus encore de musiques underground produites le plus souvent aux States. Que les ados du siècle dernier refusent de jeter le bébé avec l’eau du bain n’équivaut pas pour eux, contrairement à ce que nous entendons parfois, souscrire à la vassalité politique, qui ferait partie d’un package, dans la mesure où, à l’opposé de la soupe dégénérée servie aux ados du siècle actuel, une large majorité des œuvres du XXe contenaient en elles les germes de la contestation à l’égard du système américain lui-même ! Sans doute est-il là, le génie américain !… Que l’on songe, par exemple, aux textes rageurs de Zack de La Rocha, frontman de Rage Against the Machine, qui jamais, lors de ses concerts, ne manque une occasion d’égratigner la CIA, ou encore, plus largement, à la multitude d’Américains qui se sont ralliés au mouvement Occupy Wall Street !, parmi lesquels l’organisateur du très populaire festival de rock underground Lollapalooza, Perry Farrell, par ailleurs frontman de l’excellent Jane’s Addiction…

Notre propos n’est donc pas là : seuls ceux qui ne connaissent rien aux Etats-Unis critiquent ceux-ci en bloc, dévoilant ainsi leur méconnaissance du sujet. Les Etats-Unis ne sont pas un bloc ! Il n’y a pas que les fous furieux du Tea Party aux Etats-Unis ! Les Etats-Unis, malgré le phénoménal écart qui existe entre le peuple et ses élites, qui rend la prise de décision souvent encore plus opaque que chez nous et explique pour partie le taux d’abstention record lors de la plupart des élections, ainsi que la quasi-mainmise de lobbies affairistes sur le Congrès – comme c’est encore le cas en ce qui concerne les minables tentatives de repeal, c’est-à-dire de retrait, de la loi qu’Obama, lorsqu’il avait les coudées plus franches, avait courageusement fait voter pour permettre à tous, y compris aux plus démunis, l’accès aux soins de santé – sont indéniablement une belle et grande démocratie, en tout cas au sens inachevé et très, très perfectible où nous l’entendons aujourd’hui…

Stricto sensu, parler de fascisme américain, a fortiori de nouveau fascisme américain, n’a donc aucun sens, les USA n’ayant jamais jusqu’à présent, à l’exception peut-être de l’ère Bush Jr., traversé de période fasciste. Toutefois, ce sur quoi nous tentons dans cette série d’attirer l’attention, ce sont les dérives antidémocratiques que permet, voire favorise, précisément un tel libéralisme politique, dans lequel un chat ne retrouverait plus ses petits.

Soyons lucides : le président américain, et avec lui le Congrès, sont loin de contrôler tout. Certes, conformes à leur impérialisme prétendument émancipateur, en dépit de ce que l’on continue d’enseigner contre toute évidence à de nombreux petits élèves américains, et fidèles, en outre, à leur mentalité de pseudo-porte-étendard de la liberté mondiale, qui résultent bel et bien d’une direction et de choix politiques, les Etats-Unis sont tout sauf les enfants de chœur dont ils ne résistent pas de se parer, de temps à autre, des atours. Mais au-delà de cette arrogante tentation de faire tourner le monde à eux seuls, un danger – peut-être plus important encore – guette, un danger auquel le peuple américain lui-même est exposé en première ligne, et qui est consubstantiel au libéralisme politique du pays (2), à son anti-jacobinisme, à son anti-centralisation (laquelle se marque par le grand pouvoir, justifié historiquement, qui est dévolu aux Etats qui composent l’Union), c’est le morcellement du pouvoir, la possibilité pour l’un ou l’autre groupe donné, pour tel ou tel groupement phalangiste, pour d’obscurs adorateurs de divinités païennes ou ultra-chrétiennes par exemple, de contrecarrer, fût-ce, le cas échéant, sous couvert de l’alibi de la « plausible deniability » (3), l’autorité des pouvoirs constitués afin de mettre en œuvre un agenda politique et / ou financier qui leur est propre et ainsi, peut-être, poser les bases d’une société beaucoup moins libre qui pourrait, à terme, s’approcher du totalitarisme.

A cet égard, le document qui suit, un reportage de l’émission « Frontline », de la très professionnelle chaîne publique américaine PBS, est édifiant à plus d’un titre. Consacrée à l’entrelacs d’agences de renseignement qui ont poussé comme des champignons depuis les attentats de 2001, l’enquête révèle en effet, outre l’obsession du fichage qui caractérise désormais les USA (et pas eux uniquement !), une évolution des plus inquiétantes, une faille béante en fait, dans le réseau de protection national américain, à telle enseigne qu’elle pourrait, pour un esprit mal tourné, être à l’origine d’éventuelles vulnérabilités, de possibles attentats futurs sur le sol américain.

En guise d’illustration, voici quelques propos significatifs de hauts responsables américains du renseignement qui tous avouent très cyniquement être complètement dépassés par la machine mise en branle sous Bushito

L e documentaire est disponible en fin de post. Enjoy, if you can !

Michael Hayden, Ancien directeur de la NSA et de la CIA et Général 4 étoiles e.r . :

« Je ne pourrais raisonnablement prétendre savoir tout ce qui s’y passe. Je pense que quelqu’un a dit que seul Dieu connaissait tous les programmes spéciaux. Je pense que c’est vrai. Est-ce une bonne chose ? Probablement pas. Est-il possible de l’éviter ? Probablement pas.

[…]

J’ai été au service du gouvernement [américain] pendant quarante ans, principalement dans le renseignement. Jamais je ne vous affirmerais que j’en connaissais toutes les entités. » (4)

Thomas Kean, Président de la commission du Congrès américain consacrée aux attentats du 11/09/01

« Le Congrès n’assume pas sa tâche de supervision, et il admet lui-même ce dysfonctionnement. Dès lors, qui prend les décisions et où se prennent-elles ? Elles le sont dans les 17 différentes agences de renseignement, et personne n’en assure la coordination. Par conséquent, le gonflement des budgets est inévitable, au même titre que les redondances. » (4)

_______

(1) Souvenez-vous, il s’agit de ce sale personnage hautain, à l’appartenance au KKK (ou à ses succédanés) présumée, qui avait eu l’outrecuidance de s’adresser sur un ton menaçant au Parlement européen comme à une troupe de cirque, à l’aube de l’aventure irakienne… Le PNAC, quant à lui, visait tout aussi présomptueusement à assurer la domination séculaire des Etats-Unis sur le monde.

(2) Ce libéralisme est cependant battu en brèche par la constitution d’une administration du renseignement pléthorique : le reportage qui suit révèle en effet que 800.000 employés américains disposent d’une higher security clearance, c’est-à-dire d’un accès à des renseignements privilégiés.

(3) Souvent utilisée par les auteurs de scénarios hollywoodiens, cette ficelle permet à des groupes, militaires ou autres, de mener des actions spécifiques de manière covert, c’est-à-dire officieuse, parfois sans même que les élus en aient eu vent au préalable, donc sans même qu’ils n’aient eu à donner leur aval.

(4) Traduction libre

Le nouvel impérialisme mondial américain – SLAVES NO MORE : 1/ HAARP

« Le Programme HAARP

Science ou désastre? »

par Luc Mampaey, attaché de recherche au GRIP

Le texte ci-dessous est un résumé du Rapport du GRIP 98/5. Ce rapport a obtenu le Prix Philippe Bourdeau décerné par l’Institut de Gestion de l’Environnement et d’Aménagement du Territoire (IGEAT) de l’Université Libre de Bruxelles (ULB) pour récompenser un travail de fin d’études présenté en vue de l’obtention du DES en Gestion de l’Environnement (année académique 1997-98).

« Sur un site du département américain de la défense (DoD) à Gakona, en Alaska, l’U.S. Air Force et U.S. Navy ont entrepris, en 1993, de faire construire une station de recherche sur les propriétés de l’ionosphère d’une puissance jusqu’ici inégalée: c’est le programme HAARP, High Frequency Active Auroral Research Program.

Pure recherche scientifique affirment les militaires; étape supplémentaire et risquée dans les tentatives militaires de manipuler l’environnement à des fins hostiles, rétorquent quelques scientifiques et des organisations écologistes ou pacifistes.

A première lecture, rien ne distingue pourtant HAARP des installations de recherches ionosphériques déjà en fonctionnement. Sauf le gigantisme des puissances évoquées, et le contrôle exclusivement militaire du projet. D’où les inquiétudes et la perplexité qu’il suscite, amplifiées encore par la langue de bois, ou les silences, des autorités militaires. HAARP n’est-il que la partie émergée de nouveaux projets militaires, préludes à une nouvelle course aux armements? HAARP risque-t-il de provoquer des dommages irréversibles ou majeurs à l’environnement? Ou bien n’y a-t-il vraiment aucune raison de s’inquiéter?

Les modifications de la biosphère à des fins militaires, ou à d’autres fins hostiles, sont interdites par une Convention de 1977, dite la Convention ENMOD. Pourtant, le concept de Environmental Warfare fait bien partie du langage et des manuels militaires. Depuis le début des années 90 cependant, alors que se développe aux Etats-Unis une Revolution in Military Affairs (RMA) sensée adapter les forces armées à leurs missions du 21ème siècle, les références aux techniques de modifications environnementales se multiplient.

Ces nouvelles missions, ou Future Warfare, reposent sur une domination dans l’air et dans l’espace, et nécessitent une maîtrise optimale de l’information, de l’environnement et des moyens de communication, ainsi que de nouvelles classes d’armes à énergie dirigée. Vue sous cet angle, une intensification des recherches militaires sur les propriétés ionosphériques et les ondes électromagnétiques n’a rien de surprenant.

Il n’en fallait pas davantage pour propulser le Programme HAARP au coeur d’une controverse, qui finit par franchir l’Atlantique. Ce travail propose d’en faire le point.

La première partie rappellera certaines notions élémentaires de physique et de chimie de l’atmosphère. Ces rappels fondamentaux permettront de mieux comprendre ce qu’est l’ionosphère et l’importance qu’elle revêt, notamment pour les opérations militaires. La deuxième partie s’intéressera au concept et aux définitions de l’Environmental Warfare ainsi qu’aux règles de droit international qui s’y appliquent. La troisième partie s’intéressera au Programme HAARP proprement dit: la description du programme, la procédure d’impact sur l’environnement, son inscription dans un contexte historique et militaire, et la confrontation des points de vue à son égard.

HAARP est un programme scientifique. Aux mains des puissants, il peut cependant conduire au progrès comme à l’oppression et au désastre. Sans préjuger des intentions finales des Etats-Unis, et reconnaissant que ce travail émet plusieurs hypothèses, et relaye certaines spéculations, il s’avère fonder d’affirmer que le programme HAARP, en synergie avec d’autres programmes militaires, peut conduire à des déséquilibres dangereux pour l’environnement et les populations. »

Site de la Marine américaine : http://server5550.itd.nrl.navy.mil/projects/haarp/

Rapport du Parlement européen – 28 janvier 1999 (A4-0005/99)

Extraits:

« […] vu l’audition sur le projet HAARP et les armes non létales convoquée à Bruxelles, le 5 février 1998, par la sous-commission “sécurité et désarmement” de la commission des affaires étrangères, de la sécurité et de la politique de défense,

R.  considérant que la recherche militaire porte actuellement sur la manipulation de l’environnement à des fins militaires, et ce en dépit des conventions existantes; c’est le cas, par exemple, du système HAARP basé en Alaska,

24.   considère que le projet HAARP (High Frequency Active Auroral Research Project), en raison de son impact général sur l’environnement, est un problème d’une portée mondiale et demande que ses implications juridiques, écologiques et éthiques soient examinées par un organe international indépendant avant la poursuite des travaux de recherche et la réalisation d’essais; déplore que le gouvernement des États-Unis ait à maintes reprises refusé d’envoyer un représentant pour apporter un témoignage sur les risques que comporte pour l’environnement et la population le projet HAARP financé actuellement en Alaska, durant l’audition publique ou à l’occasion d’une réunion subséquente de sa commission compétente;

25.   demande à l’organe chargé de l’évaluation des choix scientifiques et techniques (STOA) d’accepter d’examiner les preuves scientifiques et techniques fournies par tous les résultats existants de la recherche sur le programme HAARP aux fins d’évaluer la nature et l’ampleur exactes du danger que HAARP représente pour l’environnement local et mondial et pour la santé publique en général […] »

“All we are saying is give peace a chance…”

« Noir Océan », le nouveau film de la Belge Marion Hansel, vient de sortir. Il s’agit d’une plongée dans l’intimité des jeunes marins envoyés en 1972 par « Pom-Pompidou » dans le magnifique atoll de Mururoa, au sud-est de Tahiti, dans ce qu’il a été convenu d’appeler la Polynésie française, dans le cadre d’essais nucléaires grandeur nature. La même année furent engagés par Nixon et Brejnev les fameux pourparlers SALT (pour « Strategic Arms Limitation Talks »), prolongés dans les années ’90  par les traités bilatéraux START (« Strategic Arms Reduction Treaty »).

L’initiative était née de la prise de conscience, un peu tardive, que le complexe militaro-industriel, une expression d’Eisenhower et une réalité grandissante contre laquelle ce dernier, un républicain et un ancien général pourtant, avait mis ses successeurs en garde, à la fin de son mandat, avait rendu possible la constitution d’un arsenal nucléaire capable de détruire jusqu’à trente fois la planète et qui grevait lourdement les budgets des deux grandes puissances d’alors, allant jusqu’à provoquer – selon nombre d’historiens – le déclin et le démantèlement du conglomérat bolchevik.

En ce qui les concerne, les Soviétiques ne se sont pas gênés non plus en matière de tests nucléaires : certaines régions de l’extrême Oural, y compris dans l’océan arctique, en seraient devenues impraticables pour plus de 100.000 ans (oui, oui, cent mille ans !). Les Etats-Unis ont, quant à eux, plombé le désert du Nevada pour une période équivalente. Pensez-y la prochaine fois que vous allez au casino…

La France, elle non plus, n’était donc pas en reste. Pour ceux qui ont la mémoire courte, le président Chirac avait d’ailleurs, lui aussi, décidé, à peine entamé son premier mandat, en 1995, de relancer une série de tests nucléaires à Mururoa, qui avaient pour but, disait la Grande Muette, de permettre une miniaturisation desdites « armes stratégiques », provoquant l’indignation de nombreux autres pays et d’innombrables ONG, Greenpeace en tête. C’est pratique : c’est loin de chez nous, et puis, il n’y avait objectivement aucune raison que ces Polynésiens bénéficient de paysages paradisiaques sans contribuer à l’effort de défense « national »…

Les traités START entre la Russie et les U.S.A. étaient supposé prendre fin en décembre 2009, mais, en raison de désaccords qui portent notamment sur le bouclier anti-missiles promu par l’OTAN (1) mais vivement contesté par la Russie, l’accord qui devait prendre le relais des traités antérieurs n’a pas encore vu le jour, de telle sorte que, un peu à l’image de ces centrales nucléaires dont certains gouvernements européens ont décidé la prolongation artificielle de la durée d’utilisation – à coup sûr un cadeau pour les générations futures (2)– l’application desdits traités a été prolongée pour une durée indéterminée.

On ne sait dans quelle mesure la Strategic Defence Initiative, aussi connue sous le surnom plus glamour de « Star Wars », lancée en ’83 par l’acteur de westerns choisi pour jouer le rôle d’épouvantail cowboy et adversaire résolu de l’ « Evil Empire » soviétique, s’inscrivait dans lesdits traités. « Secret Défense », sans doute…

La paranoïa délétère et réciproque qui régnait entre l’URSS et les USA a contribué, sous l’impulsion de l’Inquisiteur général fascistoïde  McCarthy notamment, à instaurer un climat d’angoisse qui a rendu possible les pires débordements… une leçon de l’Histoire qu’il s’agit de se rappeler alors que se profile l’hydre du Tea Party, qui a remporté les dernières midterms de façon éclatante et ne limite pas sa plate-forme à une réduction a minima de l’Etat, un autre dada de The Hellcat, en son temps…

Parmi ces débordements (et c’est un euphémisme !), les expérimentations nucléaires inhumaines et tout simplement sidérantes (injections de plutonium, d’uranium ou d’autres matériaux radioactifs, parfois à fortes doses, irradiation, etc.), menées sur des patients non informés et sciemment trompés par plusieurs hôpitaux et cliniques (militaires, mais aussi universitaires) aux Etats-Unis dès le lancement du tristement célèbre « Manhattan Project» (qui aboutira aux bombardements d’Hiroshima et Nagasaki) jusqu’aux années ’70. Des bébés, des femmes enceintes, des prisonniers (souvent noirs) ont ainsi fait les frais, à leur insu, de recherches qui ont sans doute permis, à moyen terme, le développement de la médecine moderne, mais qui avaient un caractère absolument illégal et amoral.

Aux agités anti-conspirationnistes rabiques, il ne s’agit pas ici de fantaisies délirantes (encore qu’un esprit profane pourrait être tenté de le penser, tellement il a été fait peu de cas des droits fondamentaux de ces personnes), mais de la triste réalité des faits, telle que détaillée dans les innombrables rapports et documents secrets qui ont été déclassifiés depuis lors (3) et ont fait l’objet, au milieu des années ’90, sous la présidence de Bill Clinton, des travaux de l’Advisory Committee on Human Radiation Experiments. Et il est bien sûr plus que vraisemblable que les autorités des Etats-Unis ne soient pas les seules à porter cette tache indélébile dans leur conscience ; les archives d’autres Etats sont sans doute juste plus difficiles à percer à jour…

Par ailleurs, il est de notoriété publique que les tests nucléaires (aux Iles Marshall, en ce qui concerne les US, en Sibérie pour l’URSS, en Polynésie pour la France, comme on l’a vu) avaient également pour but de mesurer l’impact des radiations et des retombées radioactives sur les soldats et les populations locales, l’objectif étant sans doute d’établir s’il serait possible à l’Humanité de survivre à une guerre nucléaire de grande ampleur.

Dans son film, Marion Hansel « corrobore », en tant que modeste cinéaste, le culte du secret qui entourait ces expérimentations : les jeunes marins qui étaient renvoyés en France suite à des troubles divers provoqués par leur exposition à des radiations nucléaires qui dépassaient largement la norme n’avaient même pas le droit de consulter leur dossier médical ! Complot, disiez-vous ?…

Il aura fallu attendre 2009 pour voir le ministre français de la Défense d’alors reconnaître la responsabilité de l’Etat français dans cette abjecte aventure et débloquer une maigrelette enveloppe destinée à indemniser les victimes. Mais quels soldats se verront-ils conférer le statut de victimes, et selon quels critères ? Et que dire des populations civiles exposées elles aussi à l’insu de leur plein gré ? Voilà un dossier que ne manquera pas de traiter avec tout le sérieux qu’on lui prête le successeur d’Hervé Morin à la Défense, le « vétéran » Alain Juppé, dont de mauvaises langues disent qu’il regrette déjà d’avoir accepté son maroquin…

La leçon de tout ce gâchis ? Elle me paraît évidente : il y aura toujours, dans tous les recoins du globe, de sombres crétins qui seront convaincus qu’un prétendu intérêt supérieur justifie de traiter les êtres humains comme de la matière inerte et de bafouer leurs droits élémentaires d’hommes et de femmes libres. Ceci doit-il nous encourager à imaginer des complots partout, même où il n’y en a pas ? Certaines vociférations, complètement irrationnelles, dégagent un parfum nauséabond, mais cela ne doit pas nous empêcher d’être vigilants, car la résignation intellectuelle n’est jamais bonne conseillère !…

_______________________________

(1) Souvenons-nous que, lors de la vente par la France de centrales nucléaires à la Lybie du Tout-Tout-Grand-Leader-Visionnaire-Et-Démocrate Kadhafi, accueilli en grandes pompes à Paris car adjuvant de la balance commerciale et bien utile à certains, par ailleurs, pour juguler l’immigration méridionale aux portes de l’Europe, Louis de Funès avait affirmé disposer d’outils tactiques pour bloquer le fonctionnement desdites centrales à distance…

(2) Soit dit en passant, le Parlement a été dissout avant que ne puisse être entériné l’accord conclu entre le gouvernement Leterme et GDF Suez à cette fin… Il devra donc être renégocié.

(3) lire notamment :

– Wayne D. LeBaron, America’s nuclear legacy, Nova Publishers, 1998

– Wolfgang Uwe Eckhart, Man, Medicine and the State : the human body as an object of government sponsored medical research in the 2Oth century, Franz Steiner Verlag, 2006

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